• 2024 : a la recherche du (beau) temps perdu

    Personne dans le monde viticole n'a cherché à cacher que 2024 fut un millésime éprouvant. Au contraire, nous avions besoin de nous épancher : le désarroi, voire plus, était perceptible devant des conditions exceptionnellement contraires, diminuant le potentiel de récolte dès le début de la saison.

     

    Et pourtant les voici, ces vins aujourd'hui fringants, disponibles et intrigants, comme inconscients de leur naissance difficile. On ne les en aime que plus...

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    Une saison très arrosée et des conditions idéales pour le mildiou :

    Après un automne-hiver 23-24 déjà bien arrosé et doux, les mois de mars et avril suivirent sur cette lancée, si bien que le mildiou reprit son activité à un stade de précocité jamais atteint auparavant, nous prenant tous par surprise.

    Comme la pluie continua de tomber en mai, on trouva des grappes atteintes dès la fin du mois, avant même la floraison. Dès cette période, la pression fut très forte et la récolte déjà amputée ...

     

    Ayant comme d'habitude commencé la saison en bio, il nous parut nécessaire, devant ces conditions exceptionnelles, d'adapter nos pratiques au moment de la fleur. C'est ainsi que l'application de produits pénétrants nous permit de limiter les plus gros dégâts mais rien n'allait stopper la maladie qui continua ses ravages, sous diverses formes, jusque tard en saison.
     

    Note : le mildiou ne s'attaque pas aux raisins en fin de cycle, à l'inverse du botrytis. Donc il n'a pas d'impact sur la qualité de la récolte.

    Des conditions excellentes pour les vendanges :

    La seule période de beau temps de l'année arriva à point nommé pour les vendanges. Le vent du Nord entra en scène, il fit beau et frais, si bien que les raisins restèrent globalement sains. Premières cueillettes le 13 septembre en côte de Beaune (pour la première fois à Volnay et Pommard) et le 17 en côte de Nuits. Un peu de tri tout de même, entre quelques départs de pourriture dûs aux pluies d'août et raisins roses, le déficit d'ensoleillement ne pouvant être rattrapé en 8 jours.

     

    Passé le choc des premières cuvées rentrées (« Ah, ce n'est pas le premier arrivage mais toute la récolte de la parcelle ??? ») et l'adaptation de la cuverie aux (très) petits volumes, le reste des vendanges se déroula sereinement, le temps nous faisant la grâce de se maintenir au beau.

    Un élevage attentif, cousu main

    Après une vinification marquée par une chaptalisation quasi généralisée et une extraction en douceur, plus longue que d'habitude (fréquemment trois semaines au lieu des 15-17 jours habituels), les vins nous surprirent par leur couleur profonde et leur ouverture aromatique. Les bouches en revanche, apparurent très verticales. Pas de verdeur, certes, ni de tanins agressifs mais un ensemble qui nous laissa un peu sur notre faim. Rien d'alarmant à ce stade, nous avions tout le temps de l'élevage pour y remédier ... Les cuvées évoluèrent toutefois différemment, ce qui nécessita une adaptation constante, de la confiance en la matière première et de la patience. Les mises en bouteilles ne furent pas particulièrement précoces.

    Aujourd'hui, le millésime 2024 se distingue par sa fringance. On est tenté de le comparer à 2021, pour son corps fin et peu alcoolisé. Mais il s'en distingue aussi par ses arômes de fruits plus marqués. Si 2021 a pu faire penser à des millésimes « du temps », 2024 est plus moderne : son profil général comporte un côté séducteur et frais que n'avait pas 2021.

     

    Beaucoup seront abordables jeunes et on aura envie de profiter rapidement de leur aspect rafraîchissant et accompli, qui est leur grand atout. Mais pour d'autres, comme pendant la vinification et l'élevage, il faudra être plus patients pour espérer les boire à leur apogée. Comme les notes de dégustation ci-dessous le signalent, ces vins ont de la réserve et méritent de vieillir. Ces vins sont rares, alors choisissez bien le moment où vous allez les déguster !




    Aujourd'hui, le millésime 2024 se distingue par sa fringance. On est tenté de le comparer à 2021, pour son corps fin et peu alcoolisé. Mais il s'en distingue aussi par ses arômes de fruits plus marqués. Si 2021 a pu faire penser à des millésimes « du temps », 2024 est plus moderne : son profil général comporte un côté séducteur et frais que n'avait pas 2021.

     

    Beaucoup seront abordables jeunes et on aura envie de profiter rapidement de leur aspect rafraîchissant et accompli, qui est leur grand atout. Mais pour d'autres, comme pendant la vinification et l'élevage, il faudra être plus patients pour espérer les boire à leur apogée. Comme les notes de dégustation ci-dessous le signalent, ces vins ont de la réserve et méritent de vieillir. Ces vins sont rares, alors choisissez bien le moment où vous allez les déguster !


    Hautes Côtes de Nuits « Clos St Philibert »

    Le Clos Saint-Philibert apparaît sans réserve et généreux. Le nez, d'emblée expressif, s'ouvre sur un registre gourmand de fruits jaunes et blancs (abricot, poire), rehaussés d'une touche d'agrumes. On décèle même une délicate note de baguette fraîche grillée, témoignage discret de l'élevage sur lies (en tonneaux de 228 et 350 litres). Une légère fraîcheur acidulée-herbacée vient soutenir l'ensemble avec discrétion.  En bouche, le vin s'affirme avec aplomb : l'attaque est tapissante, la texture tendue et précise, et l'acidité, persistante et salivante, accompagne la finale sans jamais mordre. C'est un vin déjà très accessible et même accompli pour ce stade de son évolution. Il saura cependant récompenser deux ans de patience supplémentaire, pour un peu plus d'intégration encore.

     

     

    Bourgogne Côte d'Or

    Ce Bourgogne se présente timidement, le nez encore un peu replié sur lui-même à l'ouverture, hésitant entre la fraise, la groseille et une légère évolution florale. L'agitation libère de la diversité — sous-bois, menthol, une pointe épicée — mais le vin reste sur sa réserve.  En bouche, une entrée en matière tapissante, avant que l'acidité prenne le contrôle, offrant quelques instants juteux et gourmands en milieu de parcours. La finale est plus tendue et directe.
    C'est un vin qui attire la sympathie et qui est représentatif de la légèreté gracieuse du millésime 2024 ; à apprécier dans les deux à cinq ans.

     

     

    Fixin

    Le Fixin se révèle sous le signe de la retenue, presque de la méfiance. Le premier nez, légèrement fermé, laisse filtrer quelques touches végétales et réductives avant que l'agitation ne dévoile un fond de fruits noirs (cassis, cerise), d'épices, de tabac et de poivre. Il faut le solliciter, l'apprivoiser et il finit par se laisser faire.   En bouche, le vin se présente avec une belle mâche et ampleur mais les tannins — traçants, légèrement accrocheurs — prennent le contrôle jusqu'en fin de bouche, conférant au vin une certaine austérité. Celle-ci n'est pas sans noblesse mais peu habituelle pour ce vin.  Le potentiel est là, indéniable, ancré dans une persistance notable. Mais ce Fixin a ses conditions : moins accessible que d'habitude, il faudra l'attendre deux à cinq ans, et pourquoi pas tenter le pari de la décennie pour qu'il s'épanouisse pleinement.

     

     

    Marsannay

    Notre Marsannay joue la carte de la complexité progressive. À l'ouverture, le nez est encore sous voile : quelques traces de réduction mais la patience est récompensée : la framboise, la pivoine et une impression de minéralité émergent bientôt, rejointes par des notes épicées et fumées.
    En bouche, le vin se déploie avec une ampleur presque solennelle : l'acidité monte graduellement, portant les arômes vers une finale longue, légèrement tannique mais savoureuse, qui laisse la bouche en éveil.  Plus ouvert que le Fixin et plus disponible à ce stade, ce vin sera à contrôler avec plaisir au cours des 10 prochaines années.

     

     

     Pommard

    Le Pommard s'impose comme la révélation de la dégustation, d'autant que c'est un petit nouveau ! Le nez, très ouvert, se déploie en couches successives : d'abord un léger réglisse, puis la fraise des bois, la cerise profonde, une touche d'orange sanguine et enfin — comme une signature — des effluves de fleurs séchées qui évoquent le millésime 2021. Tout se tient, tout s'enchaîne logiquement et sans rupture.  En bouche, la magie se prolonge : l'acidité, haute et persistante, est le fil rouge qui porte le vin, tandis que des tannins veloutés — incarnation du velours dans ce millésime — enveloppent le tout d'une douceur sucrée, délicieusement gourmande. Un vin déjà convaincant, capable de traverser les prochaines années sans fléchir.

     

     

     Volnay

    Le Volnay donne l'impression de s'éveiller graduellement : d'abord sur la réserve, comme s'il ménageait ses effets, avec une légère réduction au premier nez et quelques notes boisées discrètes. L'agitation finit par libérer les fruits : fraise, framboise, cerise rouge, groseille, avec une touche de fleurs séchées et d'épices.  En bouche, le vin est très caressant mais la finesse prend le dessus sur l'amplitude : la texture est soyeuse, caressante, avec une acidité vive qui donne du relief et du tonus en milieu de parcours, puis des tannins fondus, qui soutiennent sans appuyer.  Moins charnu que le Pommard, plus élégant dans sa silhouette, une légère austérité en finale rappelle que ce vin a encore l'avenir devant lui. Il aura probablement besoin de cinq à dix ans pour s'épanouir pleinement.

     

     

    Gevrey

    Le Gevrey s'annonce de manière décidée. Imposant, profond, concentré : le nez est une déclaration d'intention : Fruits rouges écrasés, confiture de fraise et de mûre, cassis, réglisse, feuilles de thé noir, épices ... Une palette généreuse, qui se révèle progressivement, comme si le vin choisissait lui-même son rythme.  En bouche, l'attaque est subtile mais la montée en puissance est inexorable : le milieu de bouche s'impose avec amplitude, les tannins — bien présents, soyeux, légèrement serrés en finale — donnent au vin beaucoup de répondant et une persistance remarquable. Typiquement Gevrey dans son caractère affirmé, il donne l'impression de vouloir prendre son temps (deux à cinq ans de cave ?) et promet d'être exceptionnel dans dix ans.

     

     

    Chambolle-Musigny

    Ce Chambolle déroute, c'est là tout son charme. Par son attaque, il se présente plus puissant que ce que l'appellation laisse ordinairement pressentir — presque un profil de Vosne — et affiche une discrétion aromatique qui n'est que feinte. Le nez dévoile, au fil de l'aération, des notes de bois de senteur, de romarin, de fruits noirs concentrés et une touche herbacée, à peine menaçante.
    En bouche, l'acidité, maîtrisée et presque effacée, joue un rôle de cadre invisible : elle structure sans dominer, tandis que les tannins, d'abord légèrement rugueux, finissent par se fondre dans une finale retenue et de grande puissance.  Un vin à boire dans les cinq à dix ans, même s'il est capable de tenir plus sans fléchir.

     

     

    Vosne-Romanée

    Le Vosne-Romanée est un vin paradoxal et attachant : Discret au premier abord — il faut aller le chercher et l'apprivoiser — il finit par se révéler dans sa diversité ; massif, complexe, intense et pourtant très fin, il envahit le verre : fruits rouges et noirs en profusion, réglisse, goudron, épices, boisé à peine perceptible tant il est fondu dans la matière, tout s'enchaîne avec une logique irréfutable. En bouche, l'acidité est traçante, presque austère dans sa rigueur, mais c'est précisément elle qui propulse le vin vers une finale d'une longueur et d'une minéralité rares.  Très identitaire de Vosne dans sa concentration et son raffinement, c'est un vin que l'on peut découvrir maintenant avec étonnement mais qui mérite toutefois d'être attendu : cinq ans pour commencer à s'ouvrir, dix voire quinze ans pour révéler toute sa grandeur.

    Volnay 1er cru les Mitans

    Le Volnay Mitans se présente avec beaucoup de grâce et dispense ses caresses sans compter. À l'ouverture, le nez évoque des fleurs séchées, une pointe de réduction qui s'efface vite, une légère note fumée et de la grenadine, avant qu'une touche pâtissière et vanillée ne prenne le relais à l'aération.  Il y a beaucoup d'élégance dans ce profil délicat, à condition de lui laisser le temps de se déployer : ce vin gagne à être ouvert bien en avance.  En bouche, la texture est fine, soyeuse, caressante, portée par une acidité discrète et des tannins ronds qui donnent de la cohérence à l'ensemble et participent à sa longueur.  Très représentatif de Volnay et accessible dès maintenant, il donne déjà beaucoup de plaisir et continuera de le faire dans les 10 ans à venir.

     

     

    Chambolle 1er cru

    Ce Chambolle 1er cru est issu de 4 parcelles différentes : Charmes, Fuées, Feusselottes vinifiées ensemble, et le Chatelot à part, mais assemblé à l'entonnage.

    Le nez est réservé : certes, les fruits noirs sont là mais également une réduction qui fait ressortir le bois et quelques arômes végétaux. En le sollicitant, il finit par dévoiler des notes plus séduisantes : réglisse, framboise, épices, menthol et une fraîcheur herbacée très Charmes.

    En bouche, le vin se révèle concentré, fin, nettement articulé, mais il donne l'impression d'être sur ses gardes : il monte en puissance en cours de dégustation, sans finir de se dévoiler entièrement. Les tannins sont légèrement accrocheurs mais restent équilibrés, il n'y a pas de véritable austérité : le vin a juste besoin de temps, probablement de 5 à 10 ans, pour se libérer.


    Nuits-Saint-Georges 1er cru

    Ce Nuits-Saint-Georges 1er cru est un assemblage de nos deux premiers crus, Boudots et Murgers, vinifiés à part puis assemblés en cours d'élevage.

    Il séduit d'emblée par son bouquet puissant et avenant : cerise noire, groseille et des traces discrètes d'épices et de fumé, qui témoignent d'un fût bien intégré.

    En bouche, d'abord une impression d'amplitude ; tout au long du parcours, l'acidité reste vive et maîtrisée, les tannins — épicés, légèrement serrés — donnent de la mâche et une pointe de salinité en finale. La dualité de l'assemblage Boudots-Murgers se lit clairement : l'un apporte la caresse et

    Un vin qui plaira vite, peut-être même trop : en dessous de cette façade séduisante, la structure est solide. Accessible maintenant dans sa jeunesse, il devrait changer de profil et gagner en complexité après cinq à dix ans de cave.

    Vosne-Romanée 1er cru les Chaumes

    Le nez est un peu retenu au départ, avec quelques traces d'élevage (bois, lies) puis il finit par révéler un fruit puissant, associé à des notes de thé noir, de bergamote et de réglisse. Le bouquet est changeant, complexe, et en évolution constante.

    En bouche, caressant en attaque, une jolie finesse soyeuse prend le relai ; dans une transition très maîtrisée, l'acidité se manifeste, les tannins offrent une délicieuse rugosité épicée et boisée et la finale, longue et salivante, laisse entrevoir ce que le nez n'a pas encore livré.

    Moins immédiatement séducteur que le Nuits 1er cru, ce Chaumes s'avance sur la pointe des pieds. C'est qu'il y a encore du travail à faire (laisser s'intégrer les tannins et le bois) mais peut-être est-ce là que réside son intérêt : on devine beaucoup de potentiel et on prendra beaucoup de plaisir à le revisiter dans cinq, dix et quinze ans.




    Corton Charlemagne

    Le Corton-Charlemagne s'annonce avec une retenue d'une élégante distinction. Le premier nez paraîtra légèrement réducteur à certains dégustateurs mais laisse rapidement place à un registre plus généreux : pierre à fusil, levure fine, fruits jaunes mûrs (abricot), fruits blancs, vanille discrète ... Cela augure bien de l'avenir, il aura encore beaucoup de choses à dire.

    En bouche, un gras équilibré tapisse le palais avec délicatesse, avant de laisser place à une acidité plaisante, qui gouverne la finale. Comme le nez, la bouche est réservée mais la rétro-olfaction — pain frais, zeste de citron confit — est d'une grande noblesse.

    Voilà un vin généreux, subtil mais qui se cherche encore un peu. Par certains aspects, il est très accessible mais il laisse entrevoir une classe et un gabarit qui méritent cinq ans de patience au minimum. 


     

    Clos de Vougeot

    Le nez est très ouvert et réussit l'exploit d'être démonstratif et fin en même temps. Une dominante cerise au départ, un bois présent sans être encombrant, qui laisse progressivement transparaître la profondeur du profil : multiples fruits rouges, orange sanguine, feuilles de thé noir, épices, notes florales ...

    En bouche, la texture est caressante et puissante à la fois, l'acidité relève la finale avec grâce, les tannins apportent une touche légèrement rugueuse au moment approprié. C'est un mannequin Dior des années 60 : un modèle de finesse, de prestance et d'élégance naturelle ...

    On éprouvera beaucoup de plaisir à le déguster tôt, puis à l'oublier pendant quelques années, avant de le retrouver dans 10-12 ans. Un Clos Vougeot fidèle à lui-même : toujours fin, amical, généreux.

     

     

    Charmes-Chambertin

    Le Charmes-Chambertin intrigue : le nez paraît ouvert, d'abord très floral, puis la framboise fraîche et la fraise prennent le dessus, encadrées par de légères notes réglissées. Il y a de la finesse, de la matière, une intensité aromatique réelle, mais le profil paraît encore sombre et peine à se définir clairement.  En bouche, une belle amplitude, l'acidité et les tannins sont bien équilibrés et portent le vin qui de ce fait, jouit d'une grande longueur. L'ensemble est soutenu par un agréable zeste d'orange, des notes de fruits rouges en rétro-olfaction et un peu de salinité qui, à la deuxième dégustation, confirme le potentiel.  Malgré tout, l'impression d'inachevé demeure, ce vin n'a pas rendu sa copie définitive ; il a besoin de temps pour terminer de se construire : entre cinq à dix ans pour en apprécier tous les détails et la finesse ?

     

     

    Corton Perrières

    Le nez est déjà appétissant avant même qu'on se soit approché. Fruits rouges et noirs, des traces d'élevage qui évoquent l'amande grillée, puis on évolue pour finir sur un profil floral.

    En bouche, l'acidité porte les tannins sur une très longue distance, leur permettant d'exprimer un côté piquant, épicé et réglissé qui contribue à une finale éclatante. L'attaque est fine mais un peu resserrée, comme souvent pour ce Corton Perrière.

    Ce vin ne manque pas de gourmandise. Pour certains, il paraîtra savoureux et buvable dès maintenant ; d'autres seront plus sensibles à sa rigueur et préféreront attendre une dizaine d'années. C'est notre recommandation.

     

     

    Corton la Vigne au Saint

    Le Corton Vigne aux Saints commence dans la discrétion pour finir dans l'éclat. Le nez s'ouvre timidement — fraise, myrtille, caramel — avant qu'un peu d'air ne déclenche une véritable explosion aromatique.  La bouche se livre plus rapidement : généreuse, bien caressante, avec un milieu très savoureux. Les tannins sont les vedettes : fondus en attaque, d'où cette impression d'amplitude, légèrement rugueux à l'approche de la finale, ils portent le vin avec précision. L'acidité, discrète dans un premier temps, se réveille juste assez en fin de bouche, pour contribuer à une finale délicieusement savoureuse, et allonger encore le vin.

    Déjà très bon et bien en place, le vieillissement lui apportera puissance et complexité. Un de nos dégustateurs, emporté par l'enthousiasme souligne même que vingt ans n'est pas une promesse excessive.

     

    Corton Clos Rognets

    Joli nez mûr de fruits rouges, légèrement sucrés, avec une touche végétale, un bois agréable et bien intégré. Déjà beaucoup de surprises et de complexité mais il peut encore progresser dans l'ouverture.

    En bouche, la texture est riche et ample, parfaitement servie par un cadre acide. Une rétro-olfaction superbe qui ravira les becs sucrés tant elle semble pâtissière, un fraisier complet : fraise, crème, pâte d'amande, génoise... Un profil si intéressant qu'on en oublierait presque les tannins, tellement ils sont fondus.

    Franchement très bon et savoureux mais comme la description qui précède le laisse deviner, il doit encore progresser dans l'intégration et le développement de toute sa palette aromatique. Une affaire d'une dizaine d'année ?

     

     

    Vosne-Romanée 1er cru aux Brulées

    Le nez est avenant et se développe sur une trame raffinée et complexe : une touche de fleurs séchées qui laisse la place aux fruits noirs, aux notes boisées de cannelle et de vanille, à l'orange sanguine ...  Puissante et concentrée, la bouche est maîtrisée par l'acidité et les tannins. Ces derniers progressent de concert, dans une montée en puissance très linéaire. Cela aboutit à une finale d'une grande finesse mais à ce stade, un peu resserrée.

    Les bases sont là, solides et prometteuses, mais ce vin a besoin d'évoluer, de se détendre et de s'intégrer. Il faudra le laisser faire, le plus longtemps possible. On peut lui faire confiance !

     

     

    Échezeaux

    Le nez est discret, presque réservé : des notes boisées bien intégrées, puis les fruits arrivent à l'agitation et laissent entrevoir beaucoup de gourmandise. On attend avec impatience que ce vin montre son potentiel abyssal.

    En bouche, une attaque subtile, presque effacée puis une montée en puissance très nette, vibrante, favorisée par l'acidité et les tannins, qui maintiennent une harmonie encore sur la retenue. La rétro, aux arômes d'orange et d'épices, met en valeur une finale salivante.

    C'est un Échezeaux intégré, qui déploie déjà une belle richesse, cependant on sait qu'il peut faire plus.  Encore un peu endormi selon certains, il faudra lui accorder du temps, beaucoup de temps ...

     

     

     

    Vosne-Romanée Cros Parantoux

    Le Cros Parantoux, toujours intense, toujours surprenant ! Le nez est légèrement réduit à l'ouverture mais cette impression est vite balayée par une complexité aromatique qui dépasse ce que l'on peut rationnellement cataloguer : fruits noirs, un profil épicé, des fleurs sombres, une trame de fût parfaitement fondue ...

    En bouche, quel beau vin ! Extraverti, puissant, complexe et caressant, avec une acidité magnifique qui apporte de la tonicité et une fraîcheur incomparable. Très jolie persistance, d'une gourmandise désarmante, même si les tanins du bois ressortent un peu en fin de bouche. C'est normal à ce stade, le temps fera son travail ! Attendre 10 à 15 ans.

     

     

    Richebourg

    Le premier nez peut surprendre par sa discrétion ou sa légère réduction passagère mais bientôt, c'est une coupe de jus de framboise et de cassis qui se révèle, dans un écrin boisé.

    En bouche, beaucoup de finesse en attaque, très caressant, puis une démonstration de concentration et de puissance. Presque trop... Un vin tonique, solide, profond, l'acidité lui donne une longueur et une énergie superbes, avec ce qu'il faut de gourmandise.

    Très fidèle à lui-même, un peu « dominateur » encore, doit se développer pour acquérir l'élégance qui le caractérise. Il lui faut probablement 15 ans.