• millésime 2016 : des hauts et des bas

    Une année de montagnes russes, éprouvante pour les vignerons mais qui se termine par de très jolis vins. 

    Le printemps fut dévastateur dans beaucoup d'endroits, difficile partout. Mais finalement, cela n'eut pas de conséquences sur la qualité finale : grâce à un été et une fin septembre beaux, les vins sont très mûrs, assez concentrés et possèdent un "je ne sais quoi" d'élégance, de charme et d'âme ...
    Une saison qui restera dans les annales !
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    Quantités
    Un bourgeon gelé, fin avril, qui n'a pas repoussé ...
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    Marquée dès le mois d'avril par un gel d'une ampleur inédite, Il faut faire appel aux « vieux » pour trouver semblable phénomène : en 1945 peut-être ... l'année commençait donc de manière dramatique. D'autant que la repousse ne laissa pas apparaître de récolte supplémentaire ; même sur les vignes apparemment indemnes, les raisins semblaient avoir souffert.

    Au cours d'un mois de mai particulièrement arrosé, le mildiou fit des ravages. Certaines vignes semblaient "prendre feu", avec des symptômes apparaissant en 48 heures et touchant cette fois, à la différence des années précédentes, principalement les grapes. Le vigneron fut soumis à une pression maximum et se demanda même au mois de juin s'il allait pouvoir contenir encore longtemps la pression des maladies : l'oïdium lui aussi, commençait à pointer le bout de son nez ... qui sait ce qui nous attendait ?

    Et puis un miracle : la pluie cessa presque totalement, juillet fut très beau, août aussi ... Au début, on prit cela comme un répit salutaire, une pause permettant d'éviter un désastre, reposant hommes et matériels. Mais au fur et à mesure qu'un été chaud et sec s'installait, on se posa des questions d'un autre ordre : comment protéger les raisins de la brûlure, est-ce que les vignes ne se trouvaient pas en situation de blocage par manque d'eau, les vendanges seraient elles aussi tardives qu'on le pensait au début ? Lentement, le moral s'améliorait et on se prenait à espérer un millésime d'un autre type, plus chaud.

    La période sèche ne se débloqua que tardivement, fin août, sans que le temps ne change fondamentalement : les températures restèrent chaudes, le temps calme, les précipitations isolées mais parfois abondantes. On les avait désirées et effectivement, les pluies permirent à la maturation de s'accélérer. Mais les raisins grossirent aussi (30 mm d'eau en quelques jours, cela ne pouvait pas être neutre), cela aurait pu être dangereux si un temps maussade s'était installé durablement. Fort heureusement, il n'en fut rien, le beau temps revint et la récolte put se concentrer de nouveau.

    Finalement, les vendanges commencèrent le 26 septembre, dans des conditions idéales de beau temps. Les vendangeurs ramassèrent des raisins très sains pour la plupart. Il y eut quelques épisodes menaçants mais finalement, pas de précipitations significatives et la récolte fut sereine, si tant est que l'on peut employer ce qualificatif pour une vendange ... En tout cas, quel contraste par rapport au début de l'année ! C'est comme si la nature voulait se faire pardonner ... Malgré tout, la récolte des vignes gelées fut éprouvante : le peu qu'il y avait à ramasser était difficile à trouver dans ce feuillage qui avait repoussé en buisson. Beaucoup d'efforts pour pas grand chose.

    On constate de belles maturités, se traduisant par des vins souvent au dessus de 13,5°.

    Les fermentations malo-lactiques se sont bien passées, tranquillement, et ont permis d'effacer le côté légèrement mordant ressenti après les vinifications. Le millésime n'en est pas devenu mou pour autant et les acidités sont très convenables, les pH tournant fréquemment autour de 3,5, ce qui représente un bel équilibre. 

    La belle surprise, c'est la profondeur acquise par ces vins au cours de leur premier été et deuxième automne ... Au delà d'un charme certain, qui se manifeste par une texture caressante et très douce, on détecte également une belle structure. Beaucoup de cuvées ont une jolie longueur, avec une finale épicée, voire minérale, que l'on ne s'attendait pas à trouver dans un millésime si mûr.
    Même si 2016 n'atteint pas la concentration de 2015, on n'en est pas loin ... Qui eût cru que cela se terminerait si bien quand nous étions quasiment au fond du trou au mois de juin ?
    Aujourd'hui, on peut hasarder un parallèle avec 2006 : Ce dernier est un peu dans l'ombre de 2005 mais c'était un millésime mûr, récolté fin septembre également et qui ne s'est jamais vraiment fermé. Puisse 2016 connaître le même sort !



    Une récolte très contrastée. Manifestement, nous avions affaire à une année dont le potentiel de récolte avant gel était important et les vignes de Vosne Romanée, largement épargnées, nous ont surpris par des quantités supérieures à la moyenne. Nous nous en tirons donc bien par rapport à beaucoup de nos confrères.

    Dans les vignes gelées en revanche, pas de miracle, même si la récolte est là aussi plus importante que prévu. Les rendements décroissent au fur et à mesure que l'on va vers Nuits St Georges. Le Clos Vougeot, avec 50% de bourgeons gelés, finit à 75% d'une école normale ; les Chambolle 1er cru, gelés à 80% font tout de même presqu'un tiers d'une récolte normale mais Marsannay n'atteint pas ce chiffre. A Corton, la récolte est insignifiante à la Vigne au Saint mais belle aux Perrières et au Clos Rognet, situés tous les deux au dessus de la ligne de gel.

    Les appellations sous étiquette "frère et soeurs" ont généralement souffert et les quantités offertes seront généralement très inférieures aux années précédentes.